Saison de la Turquie : Yachar Kemal, écrivain populaire

mardi 1er décembre 2009.
 

Yachar Kemal, écrivain populaire

Après un passage remarqué à la Bibliothèque Nationale de France vendredi dernier, le grand écrivain Yachar Kemal poursuit son périple parisien en se rendant mardi soir 1er décembre à l’association Elele (8 rue Martel, Paris 10e, M° Château d’eau) pour inaugurer l’exposition qui lui est consacrée. L’occasion pour Turquie Express de revenir sur le parcours de ce grand Monsieur de la littérature turque.

Yasar KemalYachar Kemal occupe une place unique dans le Panthéon de la littérature turque, traçant une voie originale, qui plonge ses racines dans la culture populaire. Longtemps regardé avec une certaine condescendance par les intellectuels turcs, qui voyaient presque dans ses “fresques populaires” un genre mineur, Yachar Kemal est considéré aujourd’hui, sans conteste, comme l’un des plus grands écrivains turcs vivants, par ailleurs extraordinairement prolifique.

Yachar Kemal, de son vrai nom Sadik Gökceli, est né en 1922 dans un petit village de la province d’Adana (Cilicie), dans la plaine de Tchoukourova, qui se situe au sud de l’Anatolie - plus tard, il retracera mieux que d’autres la vie rude des habitants de cette région, leurs frustrations, la vendetta, les seigneurs et les problèmes liés à la terre. À l’âge de cinq ans, il perd son père d’origine kurde, assassiné à la sortie de la mosquée par un fils adoptif. Son enfance commence donc comme un de ses livres, dans la violence et le sang... “On n’a jamais su pourquoi il a assassiné mon père. Le plus invraisemblable, c’est qu’il adorait mon père... Après tout, John Lennon lui aussi a été tué par un admirateur”... confiera-t-il au magazine Latitude.


Memed le Mince (Yasar Kemal)Auprès de sa mère turque, le futur écrivain grandit dans la misère. Après l’école primaire, il s’inscrit au collège à Adana, mais il n’arrive pas à terminer ses études. Il est obligé de gagner sa vie comme ouvrier agricole dans les plantations de coton, dans les rizières ; il exerce divers métiers, comme garde champêtre, employé du gaz ou écrivain public. À Istanbul, où il s’installe en 1951, il publie des reportages très appréciés sur les différentes régions du pays dans le grand quotidien Cumhuriyet (La République). Son premier recueil de nouvelles, genre dans lequel il excelle tout de suite, paraît en 1952. C’est son premier roman, Ince Memed (Memed le Mince), paru en 1955, qui le place d’un coup parmi les écrivains turcs les plus importants. Le roman connaît un grand succès en France puis aux États-Unis ; il est traduit en trente-cinq langues. Trois tomes suivront, poursuivant les aventures de ce brigand d’honneur... Puis d’autres livres, tout aussi passionnants qui lui vaudront d’être pressenti pour le Nobel en 1972. Son style unique mélange les traditions narratives orales des bardes turcs à des influences plus occidentales, comme le recours à un genre parfois proche du courant de conscience.

Yasar Kemal Si la littérature et la vie ne font qu’un, Yachar Kemal mène de longue date un ardent combat en faveur de la justice et de la liberté d’expression : en 1996, il est condamné par la Cour de sûreté de l’Etat à un an et huit mois de prison pour un article intitulé « Le Ciel noir de la Turquie ». Publié en 1995 dans le livre La Liberté d’expression et la Turquie, il y a dénonçait notamment le traitement de la question kurde par l’Etat turc. Mais l’époque est aujourd’hui à l’apaisement et Yasar Kemal salue les actuels efforts gouvernementaux de dialogue avec les activistes kurdes radicaux, qu’il qualifie "d’approche sincère en vue d’arrêter l’effusion de sang et de surmonter le plus grand obstacle devant la démocratie” en Turquie.

Pour venir l’écouter :
Mardi 1er décembre, 19h30
ELELE - Migrations et cultures de Turquie
8, rue Martel
Paris 10e (M° Château d’eau)
Tél. 01 43 57 76 28

Source de l’article Saison de la Turquie



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